Confinés sur une île perdue en Thaïlande

A la mi-mars, l’Europe est le nouveau foyer pour le covid-19. Les mesures prises sur le continent ne tardent pas à trouver de l’écho en Asie du Sud-Est. Il faut dire que les touristes européens y sont nombreux. Les fermetures de frontières se multiplient. Les rumeurs vont bon train pour trouver quelles seront les prochaines mesures afin d’éviter ce qui pourrait s’apparenter à une « deuxième » vague. Dans ce contexte, alors que nous venons de rejoindre le Sud du Laos, nous préférons passer le plus vite possible la frontière thaïlandaise. Nous obtenons ainsi 30 jours de visa pour voir venir. L’idée est de patienter dans le pays quelques semaines le temps que l’orage passe. Et quitte à choisir un lieu où poser bagages, autant opter pour un pays connu pour ses plages paradisiaques ! En restant en Thaïlande, nous assurons aussi nos arrières : son système hospitalier est solide et ses nombreux aéroports internationaux proposent des vols directs pour l’Europe.

Au moment de choisir notre destination en Thaïlande, nous nous souvenons d’une île qui nous avait été conseillée par deux quinquagénaires Français ayant roulés leur bosse en Asie. Ils nous avaient décrit un endroit magnifique mais où il faut accepter une vie assez rudimentaire. Cela nous semble parfait pour profiter des plages tout en évitant l’afflux de touristes propres à certaines îles de Thaïlande ! Direction donc la petite Ko Chang, une petite île perdue proche de la frontière avec le Myanmar. Deux amis rencontrés sur la route se joignent à notre plan.

Tous les quatre, depuis le Sud du Laos, nous enchaînons plusieurs bus pour rejoindre Bangkok. Une fois à Bangkok, l’idée est de dégoter rapidement un nouvel autocar pour rejoindre notre île. La capitale dévoile de plus en plus de cas de covid-19 : il ne faudrait pas s’y attarder au risque de rester bloqués par un confinement brusquement déclaré ! Nous passons un après-midi dans cette grande ville avant de rejoindre la station de bus. Assez de temps pour que nos amis décident finalement de rester à Bangkok dans l’attente d’un vol retour pour la France… Petit coup de mou mais nous restons convaincus que le temps de rentrer n’est pas encore venu pour nous ! On garde le cap : la petite Ko Chang.

Mis à part quelques arrêts thermomètre pour déceler d’éventuels symptômes, le trajet se passe sans encombre. La dernière partie se fait en bateau, duquel l’émerveillement grandit à mesure que l’île se dessine devant nous. Nous débarquons directement par la mer sur une longue plage de sable fin. Quelques rochers colorent le sable de leurs reflets ardoise. Nous apercevons quelques bungalows dans les terres mais personne sur les plages. Aurions-nous déniché un petit paradis perdu ?

La petite Ko Chang est une île vraiment étonnante. Si quelques Thaïlandais y vivent pauvrement de la pêche et de la culture de caoutchouc, les autres trouvent leurs revenus dans le tourisme. Ils possèdent quelques bungalows, un restaurant ou encore un bar en front de mer. Des installations rudimentaires puisque la saison des pluies, durant laquelle l’île est complètement assoupie, détruit nombre d’installations sur son passage. De plus, l’île n’est pas équipée en électricité. Quelques groupes électrogènes sont activés entre 18h et 23h. Les plus riches complètent avec l’énergie solaire. L’eau chaude est quant à elle inexistante et le wifi rare. Un mode de vie qui limite le nombre d’activités sur place et préserve l’endroit du tourisme de masse. Ici, pas de villes ni même de villages avec des commerces. Juste quelques mini-supérettes qui se ravitaillent grâce à un bateau quasi quotidien venu du continent.

Après avoir fait le tour de l’île en scooter (une après-midi suffit !), nous dénichons notre bungalow idéal. Un bon restaurant à deux pas, une vue imprenable sur la mer, une terrasse avec un hamac, une petite plage privée à marée basse… Que demander de plus ? Nous posons bagages pour une durée encore indéterminée. Dans tous les cas, assez pour partir à la découverte de la nature sur cette île. A moins qu’elle ne vienne d’elle-même à nous…

A l’intérieur de l’île, sur les petites routes plus ou moins bétonnées, cohabitent scooters et piétons au beau milieu des palmiers, bananiers, anacardiers (arbres dont le fruit est la noix de cajou) ou encore hévéas. Autant d’arbres magnifiques où viennent se nicher des oiseaux hors du commun. Des calaos remuent les branchages. A la recherche de quelques fruits, l’oiseau impressionne autant par son large bec que par son manque de timidité. Un peu plus haut dans les airs plane un mystérieux rapace à l’intérieur des ailes rouges. C’est l’aigle des mers, qui ne manque pas de venir nous scruter lors de nos baignades quotidiennes. Nous préférons la présence musicale des petits moineaux d’Asie qui ont élu domicile sous notre bungalow.

Pas besoin d’aller bien loin pour observer les animaux. Dans notre salle de bain vit une famille de lézards. Pas les petits geckos avec lesquels nous nous sommes déjà familiarisés durant notre voyage. Ceux-ci sont des geckos tokay : plus de 20 centimètres de long et un caractère très territorial. Nous l’apprenons à nos dépens à notre arrivée quand nous tentons de le faire sortir du bungalow : l’un d’eux nous souffle en passant sa tête par l’encadrement de la porte… Depuis, nous avons appris à vivre avec. Pour ne pas qu’il se sente agressé, il suffit de faire semblant de ne pas le voir. Nous jouons le jeu à chaque passage aux toilettes même si leur cachette favorite n’est pas des plus discrètes…

Nous nous sommes finalement presque attachés à nos geckos. De même qu’à notre gang de chiens. Chaque résidence sur l’île est défendue par plusieurs chiens. S’ils sont assez calmes sous la grosse chaleur de la journée, ils se défoulent le soir autour de bagarres plus ou moins féroces selon que l’adversaire fait partie du même gang. Certains sont peu apprivoisés par l’homme et il faut savoir quel comportement adopter à leur rencontre. Là encore, nous l‘apprenons malgré nous quand nous nous retrouvons encerclés par cinq chiens quelques peu agressifs. Heureusement, plus de peur que de mal. Bref, vous l’aurez compris, sur la petite Ko Chang, on vit avec la nature et les cohabitations sont plus ou moins faciles à gérer… On a été plus d’une fois remis à notre place par mère Nature : une baignade écourtée par la présence d’une méduse de 30 centimètres de diamètre au bas mot, une balade sur les rochers qui a pris fin à cause de coupures de crabes, une bronzette sur la place entachée par les piqures de puces, etc.

Autant d’opportunités de travail sur soi que d’anecdotes à raconter ! Mais même dans les limites autorisées par la nature, nous prenons du bon temps. Les journées sont consacrées à choisir nos prochaines découvertes culinaires, manger, lire, faire du sport, se promener, se baigner (dans une mer à 35°C), bricoler. Le tout couronné par des repas du soir partagés avec les quelques survivants des bungalows alentours : Ben et Tao, deux sympathiques expatriés vivant en Chine mais dont le visa de travail a été suspendu ; Tirso, un joyeux touriste espagnol habitué à passer plusieurs mois sur l’île. Ces soirées sont autant d’occasions de redonner un peu de place au jeu ! Au programme : Rummikub, Jenga, Uno et initiation à notre fameux jeu du moulin !

Et comment oublier le rendez-vous quotidien de 19h : regarder le coucher du soleil. Un magnifique tableau dans lequel les contours des montagnes du Myanmar prennent chaque jour une couleur différente.

Reste que si notre île est toujours épargnée par le virus, le covid-19 y prend de plus en plus de place. L’île s’éteint peu à peu avec l’interdiction d’accueillir de nouvelles personnes. Plus globalement, la situation du pays et de toute l’Asie du Sud-Est n’évolue pas dans le bon sens. Il y a de plus en plus de cas et donc de mesures de fermeture. Si nous ne sommes pas prêts à traverser la saison des pluies sur notre île, évitant ainsi de liquider tout notre budget voyage, nous ne pourrons pas patienter jusqu’à la réouverture de nos prochaines destinations. Nous prenons conscience qu’un retour en France va s’imposer. D’autant que nos amis du soir partiront dès qu’ils en auront l’occasion. Mais quand rentrer ? Nous envisageons d’abord de rester en Thaïlande jusqu’à début mai. Histoire d’éviter les déplacements qui favorisent la propagation du virus, de laisser les places de rapatriement aux plus pressés et de profiter encore un peu de notre joli cadre de confinement. De toute façon, de là où nous sommes, il n’y a plus de moyen de transport pour se rendre à l’aéroport de Bangkok.

Néanmoins les autorités thaïlandaises et l’ambassade de France se font de plus en plus pressantes pour inciter les touristes à rentrer chez eux. De grosses incertitudes persistent sur les possibilités d’étendre les visas et sur l’existence de vols pour l’Europe dans les prochaines semaines. De plus, les réseaux sociaux débordent de témoignages de touristes malmenés sur d’autres îles de Thaïlande. Contraints à se rassembler dans quelques hôtels réquisitionnés pour les accueillir, ils ont totalement perdu le contrôle de leur voyage. Dès lors, lorsque l’ambassade de France propose un vol de rapatriement le 7 avril, à un prix raisonnable et partant d’un aéroport situé à 4heures de taxi de notre île, nous sautons sur l’occasion en demandant une inscription. Nous évitons ainsi de prendre nous-même la difficile décision finale : à l’ambassade de nous dire s’il est temps pour nous de rentrer… La confirmation est venue rapidement bien que l’attente nous est parue interminable. Et nous voici de retour en France !

Prêts au décollage à l’aéroport de Phuket

Nous rejoignons donc le 8 avril le grand club des confinés de France. Nous atterrissons doucement de ces quelques semaines. Avec un peu de nostalgie mais pas de tristesse. La pandémie met fin à l’essence même du voyage : la liberté de se déplacer et de rencontrer. Devant une telle fatalité, la seule chose à faire est de l’accepter ! Nous nous considérons déjà chanceux de toutes nos découvertes. Nous allons désormais tenter de profiter de ce temps mort pour réinventer notre voyage dans le périmètre qui nous est imparti. Bref, on espère vous réécrire bientôt !

3 commentaires sur « Confinés sur une île perdue en Thaïlande »

  1. Vous avez choisi la meilleure île pour vous confiner ! Koh Chang a été l’un de nos coups de coeur lors de notre traversée de la Thaïlande en décembre dernier pendant notre tour du monde. Merci donc pour cet article qui nous rappelle de bons souvenirs ! 🙂
    Avez-vous été jusqu’au village moken situé sur la pointe nord ? Il est facilement accessible par un petit chemin de randonnée. Tous les détails ici : https://ilsvoyagent.fr/2020/04/11/a-koh-chang-chez-les-nomades-de-la-mer/
    Bonne suite de confinement !

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    1. Oui nous nous sommes aussi promenés jusqu’au village moken ! Nous avons été très surpris du contraste avec le Koh Chang ‘touristique’ et malheureusement nous n’avons pas réussi à s’y sentir assez à notre place pour découvrir cette population. La lecture de votre article nous a bien éclairé !
      En tous cas ravis d’avoir pu vous rappeler quelques souvenirs de cette île incroyable ! Contents aussi de lire sur votre blog l’expérience d’autres voyageurs en ces temps de covid. Bonne fin de confinement à tous les deux et j’espère que vous pourrez vite reprendre votre voyage ☺

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